• Poésie Musicale

    POÉSIE MUSICALE

     De tous le rapprochement entre musique et poésie est sans doute celui qui a été le plus commenté, le plus expérimenté à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Aussi bien les poètes que les compositeurs ont cherché à inclure les deux arts dans leur inspiration.

    lire la suite avec Hélène DESGRAUPES

     à lire: relation musique et poésie.

    LES NUITS D ÉTÉ - H.Berlioz

     Seules Les Nuits d'Eté ont été conçues dès l'origine comme un cycle de mélodies. Composé à partir de 1834 sur des poèmes de Théophile Gautier pour mezzo -soprano ou ténor et piano, le recueil des Nuits d'Eté réunit les mélodies les plus accomplies de Berlioz. Orchestré en deux temps, en 1843 puis en 1856, ce cycle magnifique nous entraîne à travers une multitude d'atmosphères et de paysages. Il signe l'acte de naissance de la mélodie française avec orchestre.

     

    Recueil de 6 mélodies pour voix et piano, sur des poèmes de Théophile GAUTIER (1811-1872)[1]

    Dédiées à Louise Bertin (la fille du directeur du Journal des Débats)

     

    Les poésies sont extraites d’un recueil de Gautier intitulé Poésies diverses (1838, rééd. 1845)

    C’est Berlioz qui choisit de réunir ces poésies en un recueil et de leur donner le titre Les Nuits d’été, un lien au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.

    Berlioz admira passionnément Hamlet et Roméo et Juliette au théâtre de l’Odéon en 1827 [bien que ne comprenant que bien peu des textes récités en anglais...] 

    Extrait écouté:Le Spectre de la Rose:

    Lire en intégralité avec ac-dijon.fr:

    VERSION POUR ALTO (dédiée à Mme Falconi)
    ORCHESTRE : 2 flûtes, 1 hautbois, 2 clarinettes en la, 2 cors en mi, 1 harpe, cordes (violoncelles divisés)
    TONALITÉ : SI MAJEUR

    MESURE : 9/8
    TEMPO : Adagio un poco lento e dolce assai (croche = 96)

    Cette 2e mélodie, composée de 3 strophes comme la précédente, est sans doute la plus belle du recueil.
    L'introduction de 8 mesures a été ajoutée lors de l'orchestration et ne figurait donc pas à l'origine dans la 1ère version piano-chant.
    L'expressivité du texte suggère un traitement orchestral plus varié que dans la Villanelle.

    Le 1er couplet est accompagné de mélismes de doubles croches :

    Noter l'importance des silences qui donnent à la mesure à 3 temps des phrases amples et aérées.
    Remarquer aussi les ponctuations des cordes graves (violoncelles II et contrebasses en pizzicato) sur le 1er et le 3e temps.

    Ce rythme se resserre pourtant à partir de la mes. 22 où les appuis se généralisent sur toutes les divisions du temps (en accords martelés),
    et les groupes de six croches se succèdent (violons 1 et altos à distance de sixte) jusqu'à la cadence.

    Le spectre de la rose

    Soulève ta paupière close
    Qu’effleure un songe virginal ;
    Je suis le spectre d’une rose
    Que tu portais hier au bal.
    Tu me pris encore emperlée
    Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
    Et parmi la fête étoilée
    Tu me promenas tout le soir.

    Ô toi qui de ma mort fus cause,
    Sans que tu puisses le chasser
    Toute la nuit mon spectre rose
    A ton chevet viendra danser.
    Mais ne crains rien, je ne réclame
    Ni messe, ni De Profundis ;
    Ce léger parfum est mon âme
    Et j’arrive du paradis.

    Mon destin fut digne d’envie :
    Pour avoir un trépas si beau,
    Plus d’un aurait donné sa vie,
    Car j’ai ta gorge pour tombeau,
    Et sur l’albâtre où je repose
    Un poète avec un baiser
    Ecrivit : Ci-gît une rose
    Que tous les rois vont jalouser

    Extrait écouté:L’île inconnue:

    VERSION POUR MEZZO-SOPRANO ou TÉNOR (dédiée à Mme Milde)
    ORCHESTRE : Dans ce final, l'orchestre est employé dans sa totalité (excepté la Harpe) :
    2 flûtes, 1 hautbois, 2 clarinettes en si b, 2 bassons, 3 cors (en fa, do et si b), les cordes
    TONALITÉ : FA MAJEUR
    MESURE : 6/8
    TEMPO : Allegro spiritoso (noire pointée = 96)

    Ultime mélodie de ce recueil, invitation au voyage, cette conclusion nous libère de l'abîme dans lequel nous étions plongés dans les 4 mélodies centrales.
    La structure alternant couplets et refrains rappelle une forme rondo assez libre.
    Toutefois, la perception de l'organisation formelle est rendue délicate (à l'audition) par la réitération des 3 derniers vers du 1er couplet, des 2 derniers vers du 3e couplet, et par les refrains A' et A'' tronqués.

    A (Refrain)
    Mes. 5 à 19
    B (Couplet 1)
    Mes. 22 à 43
    A (Refrain)
    Mes. 46 à 60
    C (Couplet 2)
    Mes. 62 à 75
    A' (Refrain )
    Mes. 76 à 83
    D (Couplet 3)
    Mes. 84 à 111
    A'' (Refrain)
    Mes. 117 à 135

    Noté " allegro spiritoso ", le texte nous offre d'emblée son caractère ; l'entrée surprenante de la première mesure sur un accord de quarte et sixte renforce l'idée de conclusion :

    Voir avec ac-dijon.fr

    Pour achever le cycle, cette mélodie fait intervenir tous les instruments à l'exception de la harpe. Le contraste avec la fin de la mélodie précédente, débutant ici avec un tutti, f allegro spiritoso, renouvelle l'intérêt musical et l'attente de l'auditeur.

    L'ironie du poème, plus marquée, se trouve soulignée par des arpèges de clarinettes dans le médium, mes.96 et suivantes, comme un rire un peu « gros » sous les vers répondant à la demande de la bien-aimée, qui souhaite qu'on la mène à « la rive fidèle, où l'on aime toujours » :

    Cette rive, ma chère,
    On ne la connaît guère
    Au pays des Amours.

    Berlioz s'autorise, pour cette fois seulement, une répétition des mots du poème.

     

    Dites, la jeune belle,
    Où voulez-vous aller?
    La voile enfle son aile,
    La brise va souffler.

    L’aviron est d’ivoire,
    Le pavillon de moire,
    Le gouvernail d’or fin.
    J’ai pour lest une orange,
    Pour voile une aile d’ange,
    Pour mousse un séraphin.

    Dites, la jeune belle,
    Où voulez-vous aller?
    La voile enfle son aile,
    La brise va souffler.

    Est-ce dans la Baltique?
    Dans la mer Pacifique?
    Dans l’île de Java?
    Ou bien est-ce en Norvège,
    Cueillir la fleur de neige,
    Ou la fleur d’Angsoka?

    Dites, la jeune belle,
    Où voulez-vous aller?

    Menez-moi, dit la belle,
    A la rive fidèle
    Où l’on aime toujours!
    Cette rive, ma chère,
    On ne la connaît guère
    Au pays des amours.

    Où voulez-vous aller?
    La brise va souffler.

    BERLIOZ par lui-même:
    "En général mon style est très hardi, mais il n'a pas la moindre tendance à détruire quoi que ce soit des éléments constitutifs de l'art. Au contraire, je cherche à accroitre le nombre de ces éléments. Je n'ai jamais songé, ainsi qu'on l'a si follement prétendu en France, à faire de la musique sans mélodie. Cette école existe maintenant en Allemagne et je l'ai en horreur. Il est aisé de se convaincre que, sans même me borner à prendre une mélodie très courte pour thème d'un morceau, comme l'ont fait souvent les plus grands maitres, j'ai toujours soin de mettre un vrai luxe mélodique dans mes compositions. On peut parfaitement contester la valeur de ces mélodies, leur distinction, leur nouveauté, leur charme, ce n'est pas à moi qu'il appartient de les apprécier: mais nier leur existence, c'est, je le soutiens, mauvaise foi ou ineptie. Seulement ces mélodies étant souvent de très grande dimension, les esprits enfantins, à courte vue, n'en distinguent pas la forme clairement; ou mariées à d'autres mélodies secondaires qui, pour ces mêmes esprits enfantins, en voilent les contours; ou enfin ces mélodies sont si dissemblables des petites drôleries appelées mélodies par le bas peuple musical, qu'il ne peut se résoudre à donner le même nom aux unes et aux autres."

     

    Le SLAM: poésie moderne?

    LES VOYAGES EN TRAIN - GRAND CORPS MALADE

    Grand Corps Malade nous fait part de sa réflexion grave et mélancolique sur la vie et les histoires d'amour qui passent, sous la forme d'une grande métaphore en les comparant aux trains qu'on sait prendre ou pas au bons moments.

    Cette œuvre n’est pas une chanson, mais un poème “slamé” avec un accompagnement discret au synthé qui souligne la mélancolie par des sons de piano électrique ( Tiny electrical piano ) puis de cordes frottées et une voix de femme qui semble être l'écho d'un amour passé.

    Lire avec le collège Jean Monnet

    C’est une poésie de l’instant, qui bien souvent n’a pas vocation à dépasser le cadre de cet instant. La scène slam est un lieu de vie, de pensée, de réactions spontanées. Un lieu de croisement aussi, d’expérimentations. Le slam rend possible à l’occasion de la déclamation d’un poème, la reconstitution d’un tissu social aujourd’hui mis à mal par tout ce que notre monde fabrique d’inégalité, de violence et d’incompréhension. Le slam est un lieu d’expression poétique, d’expression, de tolérance.

     


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